Sauveur Gandolfi-Scheit, le Député-maire de Biguglia, nous a reçus quelques jours après sa visite à Pékin, au cœur des Jeux Olympiques 2008. Sportif accompli durant sa longue carrière (sprinter, boxer, rugbyman), il nous livre, sans concession, son sentiment sur les dossiers brûlants de l’actualité sportive insulaire : Stade de Furiani, Affaire Kébé, installations sportives…
Vous étiez, il y a peu de temps encore, conseiller exécutif en charge du sport et la jeunesse, qu’est ce que vous retenez de ces années, et de vos rencontres avec le monde sportif insulaire ?
Je me souviens que lorsque j’ai été nommé à ce poste, le sport insulaire était totalement divisé. Avec les services de la Direction du Sport et de la Jeunesse de la Collectivité Territoriale de Corse, nous avons essayé de faire en sorte que tout le monde tire dans le même sens en multipliant les réunions avec les responsables sportifs de notre île. Cela nous a permis d’éditer le nouveau règlement des aides au Sport en 2006 et surtout de mettre en place le dispositif Corse-Continent, qui permet désormais aux clubs et ligues de se faire rembourser les déplacements à hauteur de 70 %. Il faut absolument aider tous ces bénévoles qui se démènent pour notre jeunesse.
Vous avez touché du doigt le problème des installations sportives de notre île, il y a vraiment du mieux depuis quelques années ?
Disons-le franchement, il ne peut y avoir que du mieux ! Il y a depuis longtemps un retard d’infrastructures important en Corse. Pour exemple, un sport aussi important que le rugby n’a pu survivre dans la région bastiaise que grâce à des terrains privés. L’exemple actuel le plus flagrant des ces carences, c’est l’absence totale de piscines avec un bassin de 50m, malgré des besoins importants en ville et dans certaines microrégions. Notre île est sans doute une des seules régions à ne pas bénéficier de ce type d’équipement. Quant à l’existant, même si des efforts certains ont été faits, notamment au niveau des stades et gymnases, force est de constater qu’il est souvent frappé par l’usure.
Il y a eu beaucoup de projets en la matière au niveau de l’agglomération bastiaise. Qu’en est-il de Biguglia et de la micro-région bastiaise ?
La situation à Bastia a longtemps été calamiteuse, car la politique de la ville était tout simplement inexistante dans ce domaine. Aujourd’hui, grâce aux investissements essentiellement de la CTC, des équipements performants existent à l’Arinella, Volpajo et à Erbajolo, ainsi qu’à Lucciana.
Pour ce qui est de Biguglia, il s’agit là d’un cas particulier puisque notre commune, la plus jeune et la plus sportive de Corse, a toujours bénéficié d’équipements de qualité. Equipements qui sont aujourd’hui optimisés avec les travaux du stade Tamburini (pelouse et tribune), la piste cyclable de l’Hippodrome ainsi que par la nouvelle Halle des Sports dont bénéficieront à la fois le nouveau Collège de Biguglia, mais aussi plusieurs associations de la commune. Et ce n’est pas fini puisqu’il est question que nous nous dotions bientôt d’un boulodrome, d’un terrain de skate-board et peut-être d’une piste BMX.
Votre sentiment sur les retards pris par la rénovation du stade de Furiani ?
Je ne serais pas original si je me contentais de dire que 16 ans après une catastrophe sans précédent, voir Furiani tel qu’il est aujourd’hui est une honte totale et une injure faite aux victimes. Malgré des investissements sans commune mesure avec le résultat actuel (la seule tribune Nord non encore couverte ayant coûté à elle seule autant que le stade entier de Sedan de... 23.000 places !) il n’y a guère que le responsable des sports de la Communauté d’Agglomération de Bastia qui ose le trouver « confortable » et « suffisant », alors même que l’existant est déjà dans un état extrêmement préoccupant (fissures diverses, infiltrations) et que les règlements imposent d’en finir avec la dérogation et d’augmenter impérativement la capacité.
Je n’ai pas souhaité engager une polémique sur ce sujet de la finition des travaux, car le dossier du stade est trop important pour notre jeunesse et l’avenir du Sporting qui a tant apporté à la Corse.
Mais la reconstruction de Furiani a été depuis des années un argument de propagande du clan Zuccarelli, relayé dans quantité de brochures et articles de presse dithyrambiques. Or, tout le monde a pu constater qu’on a mis un temps fou à annoncer ce que tout le monde savait, à savoir que les lots principaux étaient infructueux, du fait principalement que le chef de l’entreprise en charge des tranches précédentes -qui est aussi accessoirement président d’honneur du club et membre de la Communauté d’agglomération, un vrai cumul !- n’avait pas daigné cette fois soumissionner.
Dans ces conditions, la colère des supporters était légitime, sachant de plus que le Président de la CAB a répondu qu’il devrait être « remercié » pour avoir fait de Furiani ce qu’il est « dans le souci constant de l’argent du contribuable » ! On se moque vraiment du monde quand on sait que la CAB (ex-district) est propriétaire de Furiani depuis 15 ans, et que malgré de lourdes condamnations pour entente illicite sur le marché de la Tribune Ouest, l’Agglo et Monsieur Zuccarelli ne se sont toujours pas retournés contre l’entreprise sanctionnée par le Conseil de la Concurrence en 2006 !
Désormais c’est simple, tout le monde est au pied du mur : l’Etat a débloqué près de 5,7 millions d’€ dans le cadre du PEI pour couvrir la tribune Nord et construire la Sud. Cet argent, il faut l’utiliser rapidement, faute de quoi dans 2 ans il repartira à Paris et le stade ne sera jamais achevé, ce qui signifiera ni plus ni moins que la mort des ambitions du club.
C’est pourquoi je serai très vigilant sur les développements de ce dossier, dont on ne sait plus trop où il en est depuis le récent -et énième- appel d’offres infructueux du Printemps…
Même si vous avez dû laisser votre mandat de conseiller exécutif après votre élection à la députation, vous n’hésitez pas à vous engager politiquement auprès du sport corse, on se souvient notamment de votre prise de position suite à l’affaire Kébé. Pourquoi êtes vous montés au créneau sur cette affaire ?
Je suis intervenu parce que ce genre d’affaires « sportives » dépasse rapidement le cadre du sport et que certains médias et instances font des amalgames qui rejaillissent sur l’ensemble de la société corse. L’affaire devient donc politique et nécessite alors que les élus prennent leurs responsabilités et défendent leur population. Jusqu’à présent, dans le genre de pseudos- affaires qu’on monte en épingle (affaire Chimbonda, Kébé entre autres) les hommes politiques se faisaient très discrets, quand ils ne criaient pas avec les loups.
Moi je suis l’élu de la circonscription de Bastia, et je n’étais pas disposé à ce que les supporters, le club et les corses en général soient impunément traînés dans la boue. C’est ce que j’ai fait savoir à Paris à plusieurs reprises, et que je ne suis pas disposé à tolérer dans le futur.
On sait que vous avez rencontré personnellement Bernard Laporte à ce sujet, cet entretien a-t-il été bénéfique dans cette affaire ?
Je connaissais Bernard Laporte avant qu’il ne devienne Secrétaire d’Etat. C’est un homme droit et un ami sincère de la Corse et de ses habitants. Il a convenu avec moi que la banderole était simplement injurieuse, que les corses n’avaient en rien le monopole de la violence ou du racisme, et qu’il fallait faire cesser au plus vite la sensation d’acharnement durement ressentie ici. Il a ensuite repris ces propos sur FR3 Ile de France et auprès de l’intrigant Monsieur Thiriez. Même si la conciliation a ensuite échoué devant le CNOSF, je sais que le Sporting et son Président se battront jusqu’au bout pour récupérer les points retirés et se faire indemniser pour le préjudice subi.
Pour ce qui concerne le Ministre il est question qu’il se rende cette année en visite dans l’île, ce qui pourrait permettre d’évoquer certains sujets importants pour la politique sportive de la Corse.
Vous étiez à Pékin pour suivre les JO auprès de la délégation française. Quels souvenirs gardez vous de ces moments passés en Chine ?
Déjà, il était très important d’y participer afin ne pas trop politiser ces Jeux Olympiques pour le respect de l’éthique sportive. N’oublions pas que l’idéal de l’Homme, c’est le Sport ! Et puis, quand je suis arrivé à Pékin, inutile de vous dire que j’ai été ébloui. J’avais l’impression de me retrouver dans un autre monde ! Quand on rentre dans le Nid d’Oiseau (NDLR Le stade olympique de Pékin), on se croirait dans un monde extra-terrestre. Les Chinois ont vraiment montré l’étendue de leur puissance et de leur talent. Les organisateurs de Londres 2012 vont devoir déborder d’imagination pour arriver à un tel niveau d’excellence...
Propos recueillis par Patrice Paquier