Interview Mensuel "Corsica" NOVEMBRE 2007
Sauveur Gandolfi-Scheit, député de la première circonscription de Haute-Corse
“Bleu” sur les bancs de l’Assemblée nationale, le nouveau député de Haute-Corse et indéboulonnable maire de Biguglia tacle en pleine surface de réparation. Municipales, service minimum : attention, ça décoiffe ! Entretien.
Ca fait quoi d’avoir succédé à Émile Zuccarelli au Palais Bourbon ?
Quand je suis arrivé à l’Assemblée nationale, on m’a dit : tu es le tombeur d’Émile Zuccarelli ! Entre nous, ça n’a pas été d’une facilité déconcertante mais c’était tout de même très prévisible, sauf pour certains de vos collègues qui estimaient qu’Émile Zuccarelli conserverait son siège ad vitam aeternam.
Pourquoi ?
En 2002, lors du précédent scrutin, il me manquait seulement 280 voix. Je crois que cette fameuse citadelle de Bastia s’effritait déjà. Nous verrons d’ailleurs dans les mois prochains si cela se confirme.
Justement, la tête de liste UMP aux prochaines municipales fait l’objet d’une véritable bataille entre votre suppléant Jean-Louis Milani et Jean-Louis Albertini. Êtes-vous le maître des cartes, celui qui distribuera le jeu ?
Lors d’une réunion entre Ange Santini, Louis Casanova, les deux Jean Louis et moi-même, nous avons décidé de mener à bien un sondage. Celui-ci a eu lieu [Jean-Louis Milani en est sorti vainqueur, ndlr] et il me semble aujourd’hui nécessaire de définir le véritable candidat entre ce dernier et Jean-Louis Albertini qui, par ailleurs, sont amis intimes.
Pendant la campagne législative, le camp de votre principal adversaire a raillé votre inexpérience et vote caractère très impulsif. Est-ce que ça vous a touché ?
Écoutez, en matière d’expérience, il ne faut pas oublier que j’ai un Bac +10…
Je parlais de politique !
En politique, je suis plus “vieux” que M. Zuccarelli puisque j’exerce des mandats électifs depuis 1976 ! Je suis maire de la plus importante commune à l’exception de Bastia et je suis systématiquement réélu avec plus de 70 % des voix, ce qui n’est pas le cas de M. Zuccarelli. En 2001, celui-ci a été élu avec à peine plus de 40 %
Et sur l’impulsivité ?
Je suis ce que j’ai toujours été.
C’est-à-dire ?
En particulier, je suis un sportif. Quand je perds, je sais perdre. Il se trouve que la plupart du temps, je gagne. À ce compte-là, j’ai plutôt l’impression que c’est dans le camp d’en face qu’on s’est montrés impulsifs.
Votre programme faisait de l’accession à la propriété un axe majeur de campagne. En matière de logement social, notamment, on ne peut pas dire que votre commune soit tout à fait dans les clous.
Vous savez, je pense souvent à la Cité Aurore à Bastia, qu’on a toujours appelé la “Cité des Horreurs”. Quand j’ai été élu pour la première fois en 1976, j’ai organisé des réunions de quartier. Partout, les gens ont rejeté ce modèle urbain. J’ai écouté mes administrés. Je considère la loi SRU comme une loi perverse et scélérate.
D’accord mais c’est la loi. Et sans logements sociaux, il est parfois impossible d’accéder à la propriété !
Moi, je n’ai pas entendu la loi Borloo pour m’y consacrer dès 1983 !
Comment ?
En créant un lotissement communal. Malheureusement, le standing du type de maisons individuelles retenues les empêchait d’être considérées comme des logements sociaux. Mais en permettant leur implantation, j’ai facilité l’accession à la propriété. J’étais en avance sur pas mal d’élus.
Parlons de votre action de député. Vous avez déposé un amendement sur la continuité du service public maritime et il est tombé à l’eau…
Pas du tout ! On m’a demandé de retirer l’amendement ce que j’ai accepté de faire sous certaines garanties. Et je les ai obtenues.
Quelles sont-elles ?
Avec Xavier Bertrand et Dominique Busseraud, nous avons décidé d’organiser une concertation avec les socioprofessionnels et les syndicats avant le 1er mars 2008. Si rien n’est fait, si aucune solution n’est trouvée, il y aura une proposition de loi allant dans le sens du service minimum maritime. Le porte-parole de l’UMP l’a d’ailleurs affirmé publiquement. Ce qui a été choquant pour moi, c’est que les deux députés corses de gauche ont voté contre les désidarata de notre population.
Ce type de mesures n’est-il pas le signe que l’action d’un député peut être plus payante, aujourd’hui, que celle de l’Assemblée de Corse ?
C’est ce qui a toujours été le cas au niveau national. Il ne faut pas oublier que, par exemple en matière de transports, nous ne pourrons nous passer de l’assemblée de Corse. C’est d’ailleurs le cas pour la plupart des autres questions cruciales à venir.
Que pensez-vous de la loi sur l’ADN critiquée sur les bancs mêmes de la majorité ?
Beaucoup de pays n’ont pas les mêmes critères que nous pour la définition de la filiation. Sur la commune de Biguglia, certaines demandes de regroupement familial montrent bien que, parfois, il n’est pas tenu compte des conditions de logement ou de revenus. Douze autres pays européens le font, pourquoi pas la France ? D’autant que cette mesure n’existe qu’à titre expérimental et pour deux ans. C’était une loi nécessaire et suffisante.
Après avoir réclamé des peines de prison incompressibles pour les “poseurs de bombes”, vous êtes maintenant partisan du rapprochement des prisonniers politiques. Où est la logique ?
Là-dessus, les 4 députés corses sont d’accord. : nous voulons le rapprochement de tous les prisonniers, politique et “droits communs”, une fois qu’ils ont été condamnés. Ce n’est pas seulement une mesure humanitaire, cela touche à la vie de familles entières et cela permet en outre d’offrir un meilleur environnement aux prisonniers, d’éviter peut-être qu’ils ne recommencent les mêmes errements.
A quoi sert, aujourd’hui, un député corse ?
Tout dépend du député… Je pense avoir eu, en trois mois, une action plus positive que celle d’Émile Zuccarelli en vingt ans. En ce qui me concerne, je me bats sur les dossiers importants : la continuité territoriale qui n’a jamais été vraiment appliquée, le coût de la vie, le système routier… Le PEI, il aurait tout de même fallu l’orienter sur ce dernier point ! Le problème, c’est que tant que l’assemblée de corse n’aura pas les gages de stabilité, cela posera des problèmes.
Vous êtes favorable au relèvement du seuil d’éligibilité ?
C’est la condition pour appliquer la politique définie par l’assemblée ! Comment voulez-vous avoir une action cohérente dans ces conditions ? Ce n’est pas seulement une question idéologique, c’est la condition pour que tout le monde puisse travailler en bonne entente, quelles que soient les sensibilités de chacun. Gauche, droite, séparatistes, autonomistes, nous devons tous nous entendre pour le bien de la Corse, quitte à reprendre ensuite nos idées sur le plan national.
Ce n’est pas le cas aujourd’hui ?
On a perdu trop de temps, il faut passer à la vitesse supérieure. La Martinique, la Guadeloupe, l’île de la Réunion sont à des milliers de kilomètres de la métropole et ont des modes de représentation identiques à celles du Continent. Pourquoi une telle spécificité en Corse ? À l’époque de Jean-Paul [de Rocca-Serra, ndlr], la majorité était stable, on pouvait travailler. De quoi les élus ont-ils peur ? Si la politique définie n’est pas bonne, les électeurs changeront et puis c’est tout !
Vous verriez-vous président de l’Assemblée de Corse ?
Sincèrement, depuis que j’ai été élu député, j’ai découvert une chose capitale : à la différence de la Corse, on vous juge, à Paris, sur vos compétences. J’ai organisé, ici, un Forum des Créateurs : quatre députés sont venus et m’ont suivi sur la question du service minimum. Ca change, c’est extraordinaire ! Lorsque j’ai voulu faire voter à l’Assemblée de Corse des mesures en faveur du sport amateur, des élus ont voté contre. Vous voulez connaître la raison ? Ils m’ont dit : dans six mois, il y aura des élections !
Interview par Antoine Albertini