Massivement utilisé durant le siècle dernier, l’amiante n’a véritablement été combattu par les pouvoirs publics, qu’à partir des années 1970, avant que son usage soit définitivement interdit dans la construction par un décret pris en 1997.
Cela n’a hélas pas signifié que les périls étaient écartés, si l’on considère les zones et supports sur lesquels on peut encore trouver aujourd’hui ce minéral, dont l’inhalation peut provoquer cancers et pathologies de la plèvre. Ainsi, aux risques causés par l’amiante en milieu professionnel (chantiers) s’ajoutent ceux liés à l’usage (comme sur les vinyles usés par exemple) ou encore ce qu’on appelle l’amiante environnemental (affleurements de roche).
Créée par l’Etat en 2001 puis réorganisée en 2005, l’Agence Française de Sécurité Sanitaire de l’Environnement et du Travail (AFSSET), a pour mission d’évaluer les risques, d’informer le public et surtout de fournir au Gouvernement l’appui scientifique et les expertises nécessaires à l’adaptation des lois et règlements existants. C’est justement dans ce cadre que ce Mardi, au terme de 4 années de travail, l’Agence vient de rendre public son avis sur les « risques sanitaires liés à l’amiante ».
Sensibilisé depuis de longues années sur cette question pour laquelle il avait déjà saisi le ministère de tutelle en Octobre 2007, le député de la Haute-Corse Sauveur Gandolfi-Scheit, a profité de la publication de l’avis pour interpeller dans le cadre des traditionnelles questions au gouvernement, la nouvelle Secrétaire d’Etat chargée de l’Ecologie, Chantal Jouanno.
La question orale au gouvernement du député
Après avoir souligné la spécificité géologique de la Haute-Corse, où l’on recense « pas moins de 130 communes possédant au moins une zone d’affleurement de roches amiantifères, et donc soumises à l’envol de particules fines » et rappelé l’exemple de la mine de Canari ouverte entre 1942 et 1965, le député a pointé du doigt « les véritables risques pour la santé publique » posés par « plusieurs chantiers des Quartiers Sud et Nord de la ville de Bastia, et la soi-disant sécurisation du site de Teghime où sont stockés les déchets d’amiante » qui provoquent « les vives inquiétudes de la population ».
Revenant à l’avis « très important » de l’AFSSET, qui « confirme les risques cancérigènes que présentent pour la santé les fibres courtes et fibres fines d’amiante » en concluant à l’impérative révision de la manière de calculer le contenu en fibres et à la nécessité d’abaisser les valeurs-plafonds autorisées, il a souhaité connaître « les mesures concrètes que le Gouvernement entend prendre sur la base du rapport, pour protéger les français » et plus spécifiquement « pour réduire l’exposition des habitants de la Haute-Corse à l’amiante environnemental ».
La réponse de Chantal Jouanno
Dans sa réponse, la jeune Secrétaire d’Etat nommée à la fin Janvier en lieu et place de Nathalie Kosciusko-Morizet, a d’abord tenu à rendre hommage à Sauveur Gandolfi-Scheit pour son engagement en matière de prévention des risques liés à l’amiante en Corse « c’est en grande partie grâce à vous, Monsieur le député, que nous nous sommes mobilisés sur cette question majeure pour l’environnement et pour la santé des populations ». La Ministre s’est ensuite attardée sur l’amiante environnemental, en citant les deux zones en France les plus touchées par le phénomène, à savoir la Nouvelle-Calédonie, et la Haute-Corse.
Ecartant de l’analyse le cas de l’île polynésienne « qui est maintenant en avance sur bien d’autres régions du monde en matière de prévention des risques liés à l’amiante », Chantal Jouanno a tenu à réitérer les engagements pris par le Préfet de Corse concernant les travaux de mises en sécurité de l’ancienne mine de Canari, « qui débuteront dès le mois de Mars » et qui bénéficieront de près de « 4,5 millions d’€ de l’ADEME, sans compter les aides du FEDER en cours d’instruction ».
Toujours à propos de la situation dans le Nord de notre île, la Ministre a voulu marquer le volontarisme de l’Etat en martelant « il ne suffit pas de réparer, il faut anticiper !». Elle a ainsi annoncé le « renforcement de la campagne de mesure de teneur en fibres à l’intérieur et à l’extérieur des habitats » déjà menée sous l’autorité du Préfet de Haute-Corse, et souhaité que « toutes les informations soient rendus publiques ».
Chantal Jouanno a aussi évoqué la situation nationale, en rappelant à l’Hémicycle le chiffre effrayant de « 100.000 décès attendus d’ici 2025 » du fait de l’amiante. Elle a dessiné les contours, sur la base des recommandations de l’AFSSET, d’un « pool ministériel » comprenant la Santé, l’Environnement, le Travail et le Logement afin de « prendre des mesures rapides pour réduire l’exposition de la population ».
Un nouveau rapport d'ici la fin Mars 2009 concernant la Haute-Corse
Parmi les mesures d’urgence, figurent l’abaissement du seuil de déclenchement des travaux de désamiantage, et la mise en place des règlementations de précaution. Enfin, la Ministre a annoncé la remise d’un nouveau rapport de l’Agence portant cette fois spécifiquement sur l’amiante environnemental, « d’ici la fin Mars 2009 ». Il y a donc fort à parier que ce rapport sera suivi avec une particulière attention dans l’île en général, et en Haute-Corse en particulier.