La bonne nouvelle est tombée dès le lendemain du scrutin des européennes : le projet de directive de la Commission de Bruxelles autorisant le coupage des vins blancs et rouges pour en faire du rosé vient d’être définitivement abandonné.
Il s’agit d’une belle victoire pour les viticulteurs corses et provençaux dont plus de la moitié de la production annuelle concerne le vin rosé, et pour les députés Sauveur Gandolfi-Scheit et Françoise Grossetête qui se sont fortement mobilisés depuis des mois sur ce dossier.
Ce projet, dont l'objectif avoué était de « renforcer la compétitivité de la filière viticole européenne en la modernisant » avait été voté en Janvier 2009 par les 27 états membres de l’Union Européenne. La fabrication de rosé par coupage étant autorisée dans plusieurs grands pays producteurs (Etats-Unis, Australie, Afrique du Sud), la Commission envisageait de lever l’interdiction en Europe de mélanger les vins, pour faire face à la concurrence agressive.
Ce texte a ensuite été envoyé à l’OMS pour approbation. Il devait initialement être soumis à un vote final de la Commission Européenne le 27 Avril dernier. Pour faire passer la mesure auprès des vignerons français (premiers producteurs mondiaux de rosé), la Commission proposait un compromis avec la mise en place d’un « double étiquetage distinguant le vin rosé de qualité et le vin rosé issu du coupage blanc/rouge ». Grâce à la forte mobilisation des producteurs et de certains élus français, la France a obtenu in extremis le report du vote de cette réforme au 19 Juin 2009.
L’action des députés Gandolfi-Scheit et Grossetête
C’est peu dire que courant Avril, les vignerons français avaient quasiment perdu tout espoir de voir la Commission faire marche arrière.
Plus que jamais une forte intervention politique s’avérait indispensable, et c’est dans cette optique, que Sauveur Gandolfi-Scheit profitait de la visite dans le département de sa collègue européenne Françoise Grossetête, pour proposer une réunion de travail qui s’est tenue au sein des locaux du CIVC (Comité Intersyndical des Vins de Corse) avec les principaux représentants syndicaux du monde viticole, regroupés autour de leur Président Jean-Marc Venturi.
Le 16 Avril à Bastia (voir photo ci-dessus), en plein accord avec les vignerons insulaires, les 2 parlementaires s’engageaient à agir directement au Palais-Bourbon et à Strasbourg, tant par le biais de questions orales, que par la mise en place d’un lobbying actif auprès des autres députés.
Le 5 Mai dernier au cours de la session plénière du Parlement Européen, Françoise Grossetête allumait la première mèche en interpellant sèchement la Commission. Après avoir rappelé sa visite en Corse, « le choix de la qualité effectué depuis des décennies par les vignerons méridionaux » et martelé que le « vin coupé n’est pas, et ne sera jamais du rosé » elle faisait part de sa colère en demandant l’abandon pur et simple du texte.
De son côté Sauveur Gandolfi-Scheit s’activait dans les couloirs de l’Assemblée Nationale afin de rallier le maximum de ses collègues.
Après avoir évoqué l’hypothèse d’un dépôt de résolution, il obtenait la capacité de poser, au nom de l’ensemble du groupe UMP, une Question Orale au Gouvernement réaffirmant l’"opposition foncière des députés français à la directive", et s’enquérant de l’"état d’avancement des négociations avec les partenaires européens de la France". Prévue initialement pour le 26 Mai, cette question aurait dû être posée Mardi 16 Juin prochain, soit 3 jours avant la date fatidique fixée par Bruxelles.
Une grande satisfaction
A la surprise générale, c’est par la voix de la danoise Mariann Fischer Boel, commissaire à l'agriculture européenne, que ce Lundi 8 Juin la Commission vient de renoncer définitivement à légiférer sur le vin rosé.
Dès l’annonce de la décision de Bruxelles, le CIVC a réagi par l’envoi d’un communiqué au député de la Haute-Corse : « nous tenons à vous remercier tout particulièrement de votre soutien et de votre engagement auprès des vignerons corses sur le dossier du « coupage des vins » qui vient de trouver une issue favorable, grâce à votre mobilisation sans faille à Paris et à celle de votre collègue Madame Grossetête à Strasbourg».
Du côté du député Sauveur Gandolfi-Scheit, c'est le soulagement et le sentiment du devoir accompli qui prédominent: « Une fois encore c’est grâce à un effort collectif que ce dossier qui était quasi-unanimement considéré comme « perdu d’avance » a pu être mené à bien.
Je suis évidemment très heureux pour l’ensemble des vignerons corses dont près de 60% de la production concerne le rosé, et qui auraient terriblement souffert de l’application de cette directive.
Je tiens aussi à saluer et à remercier mes collègues issus de régions a priori peu ou pas concernées par la question, et qui se sont fortement mobilisés à nos côtés ».