Le 21 Décembre dernier, dans un courrier adressé au maire de la commune de Lucciana, la nouvelle Ministre de l’Ecologie et du Développement Durable a semblé revenir sur les engagements pris le 19 Octobre 2010 par le précédent Ministre d’Etat, Jean-Louis Borloo. Face à ce « coup de théâtre » les députés Sauveur Gandolfi-Scheit et François Alfonsi ont décidé de remonter au créneau en saisissant le Ministre en charge de l’Energie, Eric Besson, afin que la parole de l’Etat soit respectée et les promesses, réalisées.
Bastia, le 31 Décembre 2010
Monsieur le Ministre,
Les conditions de production d'électricité en Corse sont aujourd'hui loin d'être satisfaisantes. En effet, force est de constater que les deux principales centrales, à savoir Lucciana (Haute-Corse) et le Vazzio (Corse-du-Sud) sont, d'une part vétustes et d'autre part incapables de répondre aux besoins croissants de l'île. Le choix de renouveler ces deux centrales a permis de lever un certain nombre d'incertitudes quant à la politique énergétique conduite en Corse. Cependant, les délais nécessaires à la réalisation de telles installations étant très importants, il a été décidé de poursuivre l'exploitation de la centrale de Lucciana malgré le non-respect des normes environnementales qui lui sont applicables.
Alors que la population de la Haute-Corse pensait en avoir fini avec l’utilisation du fioul lourd qui n’est plus utilisé nulle part en France métropolitaine, des bruits alarmants selon lesquels EDF et l’Etat préconiseraient un démarrage des centrales avec ce combustible, agitaient le corps médical, de nombreuses associations et par-delà, l’opinion insulaire.
Aussi, le 30 Juillet dernier, dans un courrier commun et sur fond de contexte très tendu, nous avions saisi le Ministre d’Etat Jean-Louis Borloo d’une demande de rendez-vous afin de « pouvoir trouver tous ensemble la meilleure solution, c'est-à-dire celle qui garantira une desserte de qualité, sans compromettre le bien-être des habitants ». Or, alors que nous étions toujours en attente de la réunion avec le Ministre, le 14 Septembre le Préfet de Haute-Corse prenait un arrêté autorisant, sur la base de l’enquête publique préalable, le démarrage de la future centrale thermique au fioul lourd, dans l’attente du raccordement au gazoduc GALSI.
Face à la profonde émotion suscitée dans l’île par cette annonce, nous avions décidé de maintenir notre demande de rendez-vous, et grâce à notre ténacité nous avons été reçus le 6 Octobre, au Ministère de l’Ecologie.
Lors de cette réunion, largement couverte par la presse locale, nous avons obtenu du Ministre, (qui s’était personnellement entretenu devant nous avec le PDG d’EDF Monsieur Henri PROGLIO) plusieurs avancées importantes, au nombre desquelles l’annonce du lancement d’une étude technico-économique sur l’utilisation du fioul léger, commandée à l’opérateur EDF à compter du 1er Janvier 2011, ainsi que la réalisation d’un audit sur l’état de l’oléoduc (« sea-line ») acheminant le fioul jusqu’à la centrale, ouvrage déjà sujet à plusieurs incidents ces dernières années.
Comme cela avait été convenu à Paris, ces annonces ont ensuite été confirmées par le Ministre d’Etat dans un courrier daté du 19 Octobre (cf. document ci-joint). Elles étaient de nature à rouvrir le débat et les perspectives autour de l’utilisation du fioul léger lors de la phase transitoire (2013-2016) préalable à la réalisation du GALSI, et ont de ce fait été très bien accueillies en Corse, où la tension retombait nettement, avec notamment la fin des attentats contre les bâtiments d’EDF-GDF.
*Pour lever un certain nombre de malentendus concernant l’arrêté préfectoral, nous avions tout d’abord demandé à Jean-Louis Borloo de préciser de manière définitive la question de la configuration des moteurs de la future centrale. C’est ce que ce dernier avait définitivement éclairci, sans la moindre équivoque possible : « Cette centrale, dès sa conception, est une centrale au gaz, dotée de moteurs déjà convertis, qui ne fonctionnera au fioul que de manière transitoire, dans l’attente de la réalisation du GALSI ».
*La question des moteurs étant tranchée, restait à évoquer directement celle du combustible à employer. Si sur ce point il demeurait dans la ligne de l’enquête publique et de l’arrêté, le Ministre n’en a pas moins confirmé sa volonté d’anticiper de plus de 6 ans la réalisation des études nécessaires à un changement de combustible durant la phase transitoire. Il mentionnait désormais explicitement la solution du fioul léger qui était jusqu’ici écartée par l’arrêté : « A l’issue de notre entretien du 6 Octobre dernier, et afin de pouvoir répondre en toute responsabilité aux attentes légitimes de la population corse, j’ai demandé à l’exploitant d’engager dès le 1er Janvier 2011, en anticipation des échéances prévues dans l’arrêté préfectoral du 14 Septembre 2010, une étude technico-économique relative à l’amélioration de la performance environnementale liée aux émissions de dioxyde de soufre pour obtenir un niveau de rejet équivalent à celui du fioul léger ou afin d’envisager un passage rapide au fioul léger si nécessaire ».
Les conditions étaient donc réunies pour que Lucciana puisse être une centrale fonctionnant au gaz naturel, avec une phase transitoire au fioul léger comme le souhaitent les Corses. Ce dont venait témoigner quelques jours plus tard l’Assemblée de Corse et le Conseil Exécutif, qui se déclaraient à leur tour favorables à cette solution, en décidant de lancer courant 2011 et de façon parallèle à celles d’EDF, des études technico-économiques similaires.
*Enfin, sur la question de la partie sous-marine de l’oléoduc de la Marana, le Ministre d’Etat répondait là encore à nos attentes : « Par ailleurs, comme vous l’avez souhaité lors de notre rencontre, j’ai demandé qu’un audit de la « sea line » qui permet l’approvisionnement des stocks d’hydrocarbures soit réalisé. Les résultats vous en seront communiqués avant la fin de l’année ».
Or, alors que nous nous apprêtions en cette fin d’année à nous enquérir auprès de vous, Monsieur le Ministre, de l’état d’avancement des dossiers du « sea-line » et du lancement des études technico-économiques, dans le même temps votre collègue Ministre de l’Ecologie et du Développement Durable, Madame Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET, dans un courrier daté du 21 Décembre 2010 et en réponse au maire de la commune de Lucciana (qui avait saisi courant Juin, Jean-Louis Borloo) est venue prendre le contre-pied total des engagements ministériels précédents !
En effet, et à notre grande stupéfaction puisque lors du récent remaniement, l’Energie a été rattachée à votre ministère, la Ministre a effectué une interprétation totalement restrictive du courrier du 19 Octobre, en nuançant ce qui était acté, voire même en écartant soigneusement certaines mentions –pourtant capitales- contenues dans le courrier de votre prédécesseur, telles que la référence « au passage rapide au fioul léger si nécessaire » !
Monsieur le Ministre, face à ce qu’il convient d’appeler un « coup de théâtre » les parlementaires que nous sommes souhaitent vous interpeller, avant que l’affaire ne prenne une proportion considérable dans l’opinion insulaire, sur les points suivants :
- comment accepter qu’un ministère -qui n’est pas celui de tutelle !- vienne contredire les engagements fermes pris par un précédent Ministre d’Etat sur la question des futures centrales thermiques ?
- que vaut dans ces conditions la parole de l’Etat, dans un dossier plus que sensible, et qui depuis longtemps défraye la chronique insulaire ?
- qui est le donneur d’ordres ? Le ministre de tutelle, ou une administration acquise depuis le départ à la position d’EDF et à la solution du fioul lourd dans l’attente de l’arrivée-toujours hypothétique- de GALSI ?
- comptez-vous reprendre la main sur ce dossier, en tenant cette fois directement informés les élus du peuple que nous sommes de la réalisation pleine et entière des engagements pris en Octobre ?
Du contenu et de la rapidité de votre réponse, Monsieur le Ministre, dépendront l’attitude à venir d’une large part du corps médical, des associations et de la classe politique insulaire, toutes tendances confondues, qui au cours des derniers mois ont catégoriquement refusé l’hypothèse d’un recours au fioul lourd pour une durée indéfinie, tout en se positionnant avec force pour l’utilisation du fioul léger lors de la phase transitoire à l’arrivée du gaz dans l’île.
Aujourd’hui, moins que jamais, la Corse n’a vocation à devenir la poubelle environnementale de l’Europe, en se voyant condamnée à subir une pollution de l’air que ni la France ni nos voisins, n’imposent plus ailleurs. Et c’est pourquoi nous vous saurions particulièrement gré de bien vouloir vous pencher directement sur ce dossier, qui ne doit pas plus longtemps susciter des polémiques et des débordements qui peuvent de surcroit être largement évités, si la cohérence et l’équité sont enfin garanties aux citoyens insulaires.
En vous remerciant par avance de votre diligence, nous vous prions d'agréer, Monsieur le Ministre, l'expression de notre très haute considération.
- Copie à Madame Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET, Ministre de l’Ecologie, du Développement Durable, des Transports et du Logement.