Au cours de la campagne des élections territoriales de 2010, Sauveur Gandolfi-Scheit a très souvent été interrogé par ses concitoyens. Délibérément ignoré par les têtes de liste de la majorité territoriale sortante, le député n'a alors pas souhaité polémiquer durant l'échéance électorale.
Aujourd'hui, à la lumière des résultats, des nouveaux rapports de force régionaux et en complément de l'interview-vérité qu’il a accordée au magazine "Corsica" du mois d'Avril, le parlementaire qui avait réuni en 2007 près de 19.000 électeurs, a souhaité éclairer les corses, de manière transparente, lucide, et point par point, sur certains évènements et sur les conséquences du scrutin du mois de Mars dernier.
« ON VOUS A PEU VU ET ENTENDU PENDANT LA CAMPAGNE. POURQUOI ? »
Malgré les directives claires du Président de la République données à Ajaccio le 2 Février, je n’ai pas été associé à l’élaboration de la liste « Rassembler pour la Corse ». Aussi difficile à croire que cela puisse être, du début à la fin de la campagne, et même ensuite jusqu’au Troisième tour les têtes de liste ont fait comme s’il n’y avait pas de député de la majorité en Haute-Corse : il en a résulté sur la liste unique, une sous- représentation de la Première circonscription de Haute-Corse (3 seulement dans les 20 premiers), de Bastia (le conseiller général et député suppléant seulement N°15) sans parler de Biguglia, où après 24 ans de présence ininterrompue, la commune n’était tout simplement pas représentée !
« A QUOI ATTRIBUEZ- VOUS CE "MANQUE" DE CONSIDERATION ? »
1. Les 2 têtes de liste se sont taillées la part du lion (8 sur les 20 premiers chez de Rocca-Serra et pas moins de 17 colistiers sur 51 chez Santini) avec les 2/3 des places éligibles dans leurs circonscriptions. Au lieu de penser collectif et de tenir compte des équilibres territoriaux et politiques, ils ont chacun préparé les élections à venir dans leur zone d’influence.
2. Je pense que ma position de député dérange certaines personnes dans la famille libérale. Peut être que l’élection de 2007 est venue troubler un ordonnancement qui convenait à certains : je suis en effet depuis le leader naturel de la majorité en Haute-Corse (tant au niveau du suffrage universel que des statuts de l’UMP) et peut être ai-je obtenu un peu trop de résultats par rapport à ce qui se fait ailleurs.
3. Mon intervention auprès du Président de la République pour trancher la controverse Natali/Grimaldi (voir plus bas).
« QUELLES SONT LES RAISONS DE LA DEFAITE DE LA DROITE ?»
Tout d’abord des raisons INTERNES :
- La querelle d’investiture pendant des mois pour la tête de liste (le fameux « ticket ») qui a littéralement exaspéré les militants et les électeurs.
- Discussions totalement inutiles et largement évitables pour la seconde place : Vice- Présidente de l’Assemblée sortante et maire d’une des 3 principales communes de droite en Corse, Anne-Marie Natali ne réclamait ni siège à l’exécutif, ni office régional. Il était donc légitime que cette place en seconde position lui revienne. En tant que député de la circonscription et ami politique de longue date, je me suis battu pour qu’elle obtienne satisfaction. Or, après m’avoir confirmé qu’elle occuperait cette place, Camille de Rocca-Serra a cru bon d’affirmer le contraire devant le Président Sarkozy à Ajaccio. J’ai alors moi-même demandé au Président de recevoir Anne-Marie afin de trancher la question. Ce que ce dernier a fait le 9 Février suivant et qui a été interprété – à tort- comme une ingérence dans la campagne…
- Composition de liste et déséquilibre territorial dans les zones urbaines (axe des sous-préfectures prépondérant), certaines microrégions porteuses de voix, sacrifiées.
- Courants non-représentés (rossistes et baggionistes par exemple).
Puis des raisons EXTERNES :
- Usure du pouvoir
- Contexte national difficile avec des réformes lancées sur fond de crise mondiale
- Incapacité de la part des têtes de liste, de valoriser leur bilan (qui n’est pas si mauvais que certains veulent le dire, puisque la majorité des corses en 2009 se déclaraient « satisfaits » du travail de la Collectivité).
- Manque de présence sur le terrain et de prise en compte des attentes de la population et notamment des jeunes (qui ont voté essentiellement Femu a Corsica et Corsica Libera).
- Le PADDUC a cristallisé les mécontentements : erreurs dans la méthode et dans la communication ; le retrait a été assimilé à une défaite.
- Pas de programme clair autre que : « reconduisez-nous » et « changeons le Président ».
« VOTRE AVIS SUR LES SCORES DE BIGUGLIA ? »
En 2004 j’avais obtenu 800 voix au premier tour (présent sur la liste Rossi-Natali) et les 2 listes de droite avaient réuni 1100 voix au second. Les 4 listes de gauche, quant à elles, représentaient 900 voix.
En 2010, avec 600 électeurs de + sur la commune (seconde ville de Haute-Corse avec plus de 4150 inscrits) la droite et la gauche sont en recul puisque les 2 pôles obtiennent 800 voix chacun. La non-représentation de la commune sur la liste UMP a été très dure à combattre car au premier tour, sur les 11 listes en présence, pas moins de 9 comportaient des candidats bigugliais! Sans compter que chez nous, comme ailleurs, nombre d’électeurs de droite se sont donc abstenus ou reportés vers les nationalistes modérés. Le résultat de Biguglia n’est donc ni mauvais, ni définitif.
«SUR LE SCORE DANS LA 1ère CIRCONSCRIPTION DE HAUTE-CORSE ? »
Comme à Biguglia, les mêmes causes ont eu les mêmes effets. Alors que Nicolas Sarkozy avait réuni en 2007 59,60% des suffrages et que j’avais réuni 18.500 voix autour de mon nom, les scores sont cette fois catastrophiques :
- 5800 voix dans toute la circonscription au premier tour
- 8800 au second
Cela était prévisible : les électeurs bastiais et de larges microrégions n’ont tout simplement pas compris le peu de considération qu’on leur a opposé, alors que sur leurs listes respectives, Zuccarelli, Simeoni et De Gentili qui sont tous bastiais, occupaient soit la place N°1, soit la N°2 ...
De fait il n’y a presque pas eu de campagne sur Bastia, où la base militante était démobilisée et où les têtes de liste UMP ont été incapables de défendre leur bilan, sachant que durant la dernière mandature, des millions d’€ ont été injectés dans les parkings de la ville, la réhabilitation du site de Teghjime, le complexe sportif de l’Arinella (cédé pour 1 € symbolique) celui de Volpajo et d'autres travaux d’équipement. Pire, aujourd’hui ces réalisations qui pour une large part ressortent de la gestion communale et qui donc auraient du être prises en charge par la municipalité bastiaise, ont été tranquillement récupérées et médiatiquement mises en avant par l’équipe Zuccarelli. Alors que Bastia a été beaucoup plus aidée qu’Ajaccio depuis 2004, combien de bastiais sont aujourd'hui au courant de ce qui a été fait ? Ici comme ailleurs la communication a été catastrophique ! Et logiquement, le résultat dans les urnes, a été nul….
« VOUS SENTEZ VOUS ASSOCIE A LA DEROUTE DE LA DROITE ? »
Je n’ai jamais renié ni ma famille politique, ni mes convictions. J’ai toujours été très clair et le resterai : à Paris, conformément au mandat que les électeurs ont donné au Président de la République et aux députés, je soutiens la politique du Gouvernement. Mais localement, et je pense l’avoir suffisamment prouvé, je me bats au quotidien pour la défense de notre spécificité insulaire. Cette attitude n’est parfois pas évidente à assumer, mais il est du devoir d’un parlementaire et d’un homme de droite responsable de l’adopter.
Pour ce qui concerne ces élections territoriales, je suis bien entendu triste que notre famille ait subi une telle défaite. Mais ayant été traité en simple maire (et encore), je n’assume donc que la part relative qui m’incombe dans ma commune.
« QUELLE SERA VOTRE ATTITUDE VIS-A-VIS DE PAUL GIACOBBI ? »
J’ai toujours eu beaucoup de respect et d’amitié pour Paul qui est un homme politique compétent. Mais personne ne m’enlèvera de l’idée qu’il n’était pas si obnubilé que cela par une gestion de transition pour 4 ans de la région Corse. Sa situation confortable au Conseil Général 2B et au Palais-Bourbon le plaçaient en situation idéale pour d’autres destinées. Je pense tout simplement que la droite lui a frayé un chemin qu’il n’était peut être pas si prêt à emprunter.
« ET VIS-A-VIS DE DOMINIQUE BUCCHINI ? »
Malgré le fait que nos idées soient aux antipodes, nous nous sommes toujours très bien entendus. Je l’ai d’ailleurs félicité sincèrement pour son élection. Mais bien sûr, je vais particulièrement surveiller certains sujets, à commencer par celui capital des transports sur lequel j’ai depuis longtemps des positions claires.
«QUE VOUS INSPIRE L’ENTREE DE ZUCCARELLI JUNIOR AU CONSEIL EXECUTIF ?»
Que les corses en général, et les bastiais en particulier, qui croyaient ce qu’on leur raconte depuis des années au niveau de ces parachutages, en sont une fois de plus pour leurs frais. A chaque élection la rengaine est connue : on met le fils au chaud dans la liste et de manière éhontée on le propulse. C’est une mascarade qui ne mériterait pas qu’on s’y attarde, si l’exécutif n’était pas ce qu’il est et l’avenir de la Corse en jeu…
« ET LE SCORE DE GILLES SIMEONI ET DES NATIONALISTES MODERES ? »
Il est le signe que notre société a subi ces dernières années de profondes mutations, et que beaucoup de jeunes ou de gens qui ne votaient plus se sont reconnus dans cette démarche. L’abandon de la violence et la volonté affirmée de rassembler largement ont incontestablement attiré plusieurs portions de l’électorat. C’est un message qu’il faut entendre, et pour ma part je n’ai pas attendu aujourd’hui pour faire miennes certaines positions et pour être ouvert à la discussion avec toutes les composantes de notre société insulaire. Mon bilan de député et mes actions le prouvent.
« AVEZ-VOUS ETE PARTIE PRENANTE DES NEGOCATIONS « POST-SECOND TOUR ? »
Absolument pas. Et à l’exception de quelques colistiers élus dans la nouvelle assemblée, qui ont eu la décence de m’appeler pour m’expliquer leur point de vue, personne n’a daigné informer le député de la Haute-Corse du contenu de ces « tractations »...
« VOTRE SENTIMENT SUR CES INITIATIVES ? »
A aucun moment pendant la campagne je n’ai entendu ou vu que les électeurs de droite avaient donné un quelconque mandat à la liste menée par Camille pour négocier un contrat de mandature. Toute initiative en ce sens était donc vouée à l’échec, surtout dans des délais si courts et dans des conditions si obscures. Pour ma part je n’ai jamais cru à la version selon laquelle l’Elysée aurait fait des propositions concrètes vis-à-vis des nationalistes modérés. Notamment sur la question des détenus sur laquelle j’interviens depuis des mois et pour laquelle j’ai déposé une proposition de loi cosignée par 85 députés dont les 3 autres insulaires.
« IL EST DONC IMPOSSIBLE DE TRAVAILLER AVEC LES NATIONALISTES ?»
Bien au contraire, c’est d’une part possible si comme aujourd’hui le discours est clair et cohérent, mais c’est même souhaitable, sur des bases définies et respectueuses des valeurs républicaines.
« QUEL AVENIR POUR LA DROITE INSULAIRE ?»
Il y a des messages très clairs qui ont été lancés à la fois par les corses et notre électorat. C’est bien beau de dire qu’idéologiquement « la Corse est à droite » pour se rassurer. Mais si je suis d’accord sur le fond de cette analyse, force est de constater qu’au niveau des institutions notre famille ne détient actuellement que 2 fauteuils de parlementaires sur 6 et le Conseil Général de Corse-du-Sud. Il faut donc sortir des discours et que la droite corse réagisse très vite. En faisant confiance à notre jeunesse, en retrouvant une cohérence et lisibilité, et surtout en renouant le contact avec notre population, ce qui passe par un important travail de terrain. Sur ces plans là les têtes de liste ont fait depuis des années preuve d’autisme et leur méthode a d’ailleurs été sanctionnée d’un cinglant désaveu.
« QUELLE PART PRENDREZ- VOUS DANS CE RENOUVEAU ? »
Tout simplement la part qui me revient naturellement. Celle de leader politique de la droite en Haute-Corse, conférée par près de 20.000 électeurs en 2007 et confirmée chaque jour par les échos reçus sur le terrain. Ce qui vient de se produire pour cette élection, n’arrivera plus. Et je travaillerai avec tous ceux qui veulent aller de l’avant, sur des bases claires, qui veulent rendre sa fierté à la famille libérale, au service de tous les corses et de notre île.