Depuis le mois de Juillet dernier, le rond-point de Ceppe à Biguglia, où passent plusieurs dizaines de milliers de véhicules chaque jour, est orné d'une monumentale statue de Vincentellu d'Istria, Vice-Roi de Corse au début du XVème siècle. Ce dernier avait consacré l'importance de la place-forte de Biguglia, en tant que capitale politique et administrative de l'île.
Maturé depuis des années par le député-maire Sauveur Gandolfi-Scheit et la municipalité, ce projet trouve désormais son aboutissement. Honorant aussi bien l'histoire de la ville que celle de la Corse elle-même, la statue sera bientôt inaugurée par le Président de l'Assemblée Nationale, Bernard Accoyer. Retour sur un passé glorieux et sur la génèse de cette réalisation...
HISTOIRE DE VINCENTELLU D'ISTRIA ET DE BIGUGLIA, CAPITALE DE LA CORSE
Aux alentours de l’an 1000, la Corse qui occupe une place stratégique en Méditerrannée, devient l’enjeu des grandes cités puissantes que sont Pise et Gênes. L’hégémonie est clairement pisane mais Gênes dominera une partie du Nord-Est.
Vers 1150, le « Castellu » de Biguglia est édifié par la famille Bagnaria, qui fera ensuite allégeance aux Génois. Cette forteresse, bâtie sur un piton rocheux et située au carrefour des voies de communications de l’époque, devient le premier centre administratif de Corse, puis à partir de 1362, le siège des Gouverneurs. C’est clairement la place dont il faut se rendre maître, pour prétendre diriger la Corse.
Epargnée par la terrible révolte populaire menée par Sambucucciu d’Alandu en 1358, cette place-forte devient durant tout le Quatorzième Siècle l’objet de luttes incessantes pour son contrôle, entre Gênes (représentée sur place par les seigneurs capitalistes de « La Maona », menés par Leonello Lomellini, le « fondateur » de Bastia en 1383) et le Royaume d’Aragon, qui s’appuie sur les seigneurs de la vieille famille des Della Rocca, installés en Cinarca. En 1372, le dénommé Arrigu Della Rocca traverse l’île, déloge le Gouverneur génois, et se fait proclamer Comte de Corse à Biguglia. Les Génois affaiblis s’étant repliés dans le point fortifié de Bastia, une vindetta éclate au sein de la famille cinarcaise, entre les descendants d’Arrigu et son neveu Vincentellu d’Istria, âgé d’une vingtaine d’années.
En 1407, replié en Sardaigne, mais appuyé par Aragon, ce dernier ravage les navires génois, revient dans le berceau familial de Cinarca où la population se soulève en sa faveur, puis se fait élire à son tour par une veduta generale, Comte de Corse à Biguglia. Ayant pris la forteresse de Bastia en 1408, il est maître de la quasi-totalité de l’île. Mais Vincentellu est battu par les Génois, et commence une traversée du désert qui va durer 10 ans. Il tente à plusieurs reprises, mais sans succès, de reprendre Biguglia.
En 1418, il est consacré par le Roi d’Aragon Alphonse V Le Magnanime, « Chevalier de la Couronne et Vice-Roi de Corse ». L’année suivante (1419) fort de cet appui, et au terme de 3 mois de siège acharné, il chasse le frère du doge de Gênes, et s’empare de nouveau de Biguglia.
En 1421, Alphonse V lui remet les pleins pouvoirs. Vincentellu règne sur la Corse, à l’exception de Calvi et Bonifacio, restées fidèles à Gênes. Biguglia est alors la véritable capitale du Royaume de Corse, et le siège de la Cour. Les 13 ans de règne de Vincentellu, sont globalement marqués par une période de paix, durant laquelle le peuple n’est pas accablé d’impôt, et la justice rendue équitablement. Cependant, à partir de 1430, le Vice-Roi voit le mécontentement s’accroitre, à la fois de la part ses « caporali » (seigneurs à qui il verse une solde), mais aussi de la population qui proteste contre le doublement des tailles.
En 1434, ayant perdu Biguglia et vraisemblablement trahi, il est fait prisonnier par les Génois alors qu’il tente de rejoindre la Sardaigne. Il est conduit à Gênes où il est détenu puis décapité.
Vincentellu restera dans la postérité indissociable du chroniqueur Giovanni della Grossa qui en fait connaître le parcours, ainsi que de la forteresse de Biguglia, qui constitua durant toute sa vie son idée fixe. Les destins semblent si étroitement liés, que l’influence de sa capitale ne survivra pas longtemps au Vice-Roi. Malgré son importance, le château de Biguglia, sera détruit en 1489 par les Génois, qui ne tarderont pas (1491) à faire définitivement de Bastia le siège du Gouverneur et la place-forte du Cismonte.
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ANECDOTES ET PRECISIONS
La connaissance de l’histoire de Biguglia et de l’œuvre de Vincentellu, doit beaucoup à Lucile Gandolfi-Scheit, qui a effectué et organisé sur le sujet de remarquables travaux et conférences. Son ouvrage « Biguglia, mémoire d’une capitale » (1994) publié chez Sammarcelli, actuellement épuisé, fera l’objet bientôt d’une réédition.
A propos du Vice-Roi, cette dernière affirme : « Avec Sambucucciu, Sampieru, Paoli et Bonaparte, Vincentellu d’Istria a été, et demeure encore aujourd’hui, un des personnages les plus marquants de l’Histoire de Corse ».
Vincentellu était avant tout un guerrier, réputé pour son courage et sa violence. Mais ce fut aussi un bâtisseur, puisqu’on lui doit notamment la construction de la Citadelle de Corté.
Il a été toute sa vie un allié d’Aragon, qui le lui a bien rendu. Son étendard était d'ailleurs le Castellu de Cinarca, surmonté des armes d’Aragon (et donc les fameuses Têtes de Maure qui en étaient le symbole depuis la fin du XIIIème siècle).
Son supplice fut vécu comme un évènement à Gênes où il était considéré comme un grand rebelle. Il fut exécuté par l’ancêtre de la guillotine, qu’on appelait « la mannaga ».
Depuis des années déjà, l’un des 3 groupes scolaires de Biguglia porte son nom.
LA STATUE
A été commandée par la municipalité de Biguglia à l'un des plus célèbres sculpteurs italiens, à savoir Cesare Rabitti de Bologne, spécialiste des œuvres figurant des animaux en mouvement.
La statue est en bronze, mesure plus de 3,50 mètres de haut, et pèse plus de 1,5 tonne. Elle représente Vincentellu se préparant à charger en direction du Castellu qu’il a pris d’assaut et conquis tant de fois. Depuis le rond-point de Ceppe elle est donc légèrement orientée Sud-Ouest.
L'inauguration aura lieu à la mi-Novembre 2009, en présence du Président de l’Assemblée Nationale, Monsieur Bernard Accoyer.